Les moules, plats et autres créations en terre cuite du Bas-Rhin ont obtenu en 2022 l’appellation « indication géographique » : de quoi lutter contre les importations invasives.
Des moules à kougelhopf multicolores, des plats à choucroute ou à baeckeoffe ornés de cigognes et de fleurs… À Soufflenheim, dans le Bas-Rhin, les étagères de l’atelier Siegfried-Burger & fils regorgent de poteries alsaciennes, des créations en terre cuite vernissée fabriquées selon une technique unique en France.

« Chaque pièce est fabriquée dans l’atelier, décorée à la main, émaillée puis cuite. »
Pierre Siegfried, à la tête de l'atelier Siegfried-Burger & fils
L’argile employée est extraite d’une unique forêt, à quelques kilomètres de là. Sa résistance aux hautes températures — entre 950 et 1 100 degrés — permet une cuisson sans déformation. Devant le four, Pierre Siegfried, sixième de sa lignée à la tête de l’entreprise, détaille : « Chaque pièce est fabriquée dans l’atelier, décorée à la main, émaillée puis cuite. » Un procédé qui nécessite du temps : confectionner l’un de ces artefacts prend au moins 14 jours.
Clients méfiants
Depuis 2022, les poteries d’Alsace se sont vu décerner le sélectif label « indication géographique protégeant les produits industriels et artisanaux » (IGPIA) — seuls 14 savoir-faire en bénéficient en France.
La démarche a été engagée trois ans plus tôt par l’Association des potiers d’Alsace, créée en 2008 après plusieurs fermetures d’ateliers. Une consécration qui porte déjà ses premiers fruits : « Notre chiffre d’affaires a augmenté de 20 % depuis 2022. Nos effectifs sont passés de 12 à 19 personnes », se réjouit Pierre Siegfried, qui préside l’association en question.

train de sécher avant de passer à la cuisson finale.
Dans la commune voisine de Betschdorf, les poteries sont quant à elles bleu cobalt et en grès. Deux villages, deux techniques, mais un même ancrage territorial et une vraie réponse qualitative.
Sur les marchés de Noël, les clients demandent l’origine de ces objets « sans dire bonjour » et de manière presque agressive, estime le potier. Selon lui, cette attitude atteste de la méfiance des consommateurs, du fait de l’afflux d’imitations bas de gamme.
Car à côté des poteries authentiques et labellisées, on trouve encore sur les étals des pièces portant la mention « Alsace », mais importées d’Asie. « Ces produits créent de la confusion, déplore le gérant. Il faudrait déposer des plaintes, faire des signalements, engager des avocats. Cela coûte une fortune. »
Pour les acheteurs, grâce au label, le réflexe à adopter devient bien plus simple : il suffit désormais de retourner l’objet, pour vérifier qu’un poinçon y est apposé.

l’aide d’une poire (technique spécifique à la poterie).




