Les clubs de jeux télé n’ont pas dit leur dernier mot, Jean-Pierre

« Des chiffres et des lettres », « Pyramide », « Motus »… Et plus récemment, « Questions pour un champion ». Plusieurs émissions de réflexion et de culture générale ont été retirées des antennes du service public depuis vingt ans. Mais partout en France, des clubs entretiennent la flamme du jeu.

Drapé dans son long manteau gris, Louis, 22 ans, quitte la maison de quartier de Villeneuve d’Ascq (Nord) avec le sentiment du devoir accompli. « J’ai fait une finale et mon tout premier “Quatre à la suite”, c’est plutôt positif », souligne cet adhérent au club « Questions pour un champion ». Il est présent tous les mardis soir dans cette salle où résonnent les bruits de buzzers, les éclats de rires et les noms de figures historiques imprononçables.

Un support lumineux permet de comptabiliser les points en temps réel, comme sur le plateau de l’émission.

Il y a Philippe, 70 ans, moustache blanche et lunettes rectangulaires, Sylvie, 65 ans, et son cardigan vert sur les épaules, Bruno, 55 ans, président au regard vif… Les jeunes sont là aussi, avec une moyenne d’âge des adhérents de 38 ans. La plupart n’ont pas digéré la déprogrammation en semaine de leur émission favorite.

Depuis septembre 2025, l’émission animée par Samuel Étienne n’est diffusée que les samedis et dimanches à 18 heures. « C’est un problème, car c’était d’utilité publique, gronde Baptiste, enseignant de 33 ans. Une institution même ! C’était un jeu de culture générale et de réflexion particulièrement exigeant. »

Edith Cordier, la présidente du club « Questions pour un champion » de Périgueux (Dordogne), abonde : « On se dit tous que ce n’est que le début : après l’arrêt du jeu en semaine, ça va sûrement être supprimé pour de bon. »

« Il y a presque un côté familial »

Avant d’être définitivement retiré de la grille de France 3 en 2024, « Des chiffres et des lettres » avait été maintenu le week-end pendant deux ans. « Motus », lui, a disparu des antennes en 2019. « Pyramide », un autre jeu où les candidats maniaient les mots, a quitté les écrans en 2003.

Il existe plus de 180 clubs « Questions pour un champion » comme celui de Villeneuve d’Ascq en France.

Alors oui, les retransmissions télévisées de ces jeux emblématiques ont disparu, mais des milliers de joueurs leur sont restés fidèles. Partout en France, des clubs continuent de les faire exister, plus ou moins officiellement.

« Ce sont des lieux vecteurs de lien social. Les personnes qui ne sortent pas beaucoup sont très contentes d’y côtoyer des gens »

Nicole Venck, présidente de la fédération française des clubs « Pyramide »

« Il y a presque un côté familial. C’est même parfois devenu plus fort qu’un club », observe Michèle Dupont-Lauper, présidente de l’antenne « Des chiffres et des lettres » de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire). Au-delà de la simple camaraderie récréative, les clubs sont à l’origine de véritables amitiés.

« Ce sont des lieux vecteurs de lien social. Les personnes qui ne sortent pas beaucoup sont très contentes d’y côtoyer des gens, acquiesce Nicole Venck, présidente de la fédération française des clubs « Pyramide ».

Dans le paysage des clubs de jeux télé, « Pyramide » est un ovni. Plus de vingt ans après son arrêt, la fédération dénombre 1 130 licenciés et 120 associations. « C’est sûrement bien en dessous du chiffre réel, beaucoup ne se déclarent pas quand ils y jouent », suppose la présidente. Plusieurs tournois sont organisés chaque mois à travers la France.

Augmenter la dose

Voir son émission déprogrammée pose aussi le risque de la perte d’une vitrine importante pour les clubs. « Sans visibilité médiatique, l’engouement s’effrite », note Sébastien Huart, habitué des plateaux de jeux télé, des clubs « Pyramide » et « Questions pour un champion ».

Au contraire, pour Michèle Dupont-Lauper, « l’arrêt du jeu à la télé a permis de faire venir beaucoup de passionnés qui connaissaient l’émission, et qui étaient déçus de ne plus la voir ».

« On a prolongé de trente minutes nos séances de jeux parce que les gens sont plus demandeurs »

Marie-Pierre De Sousa, présidente du club « Questions pour un champion » de Cosnac (Corrèze).

Quand le manque se fait sentir, on augmente la dose. « On a prolongé de trente minutes nos séances de jeux parce que les gens sont plus demandeurs », note Marie-Pierre De Sousa, présidente du club « Questions pour un champion » de Cosnac (Corrèze).

Deux sessions de deux heures trente chacune sont désormais à l’agenda pour faire chauffer les neurones. Qu’on se le dise, les douze coups de minuit des jeux télé n’ont pas encore sonné.

Les clubs « Questions pour un champion » de l’Hexagone s’échangent leurs questionnaires par mail. Celui de Villeneuve d’Ascq en reçoit presque tous les jours.
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