Des « tiers-lieux » pour étudier sans quitter sa ville

Dans les régions enclavées, nombre de formations disparaissent, contraignant les étudiantes et étudiants à abandonner leurs ambitions. Le campus connecté de Châteauroux, dans le Berry, lutte contre la désertification académique.

Pour Léa, ce mardi, c’est cours de littérature. Seul bruit autour d’elle, le son des doigts qui courent sur les claviers… Ceux des quatre autres étudiantes et étudiants présents à ses côtés.

Parmi eux, Clémence. Cette pétillante brune de 40 ans suit un bachelor en communication avec la formule hybride du campus connecté de Châteauroux. Hybride ? Clémence peut étudier chez elle ou bien sous les mansardes de la grande salle de travail, une ancienne usine réhabilitée à deux pas de l’IUT, non loin du centre-ville.

« Je bénéficie de la flexibilité du virtuel avec le même accompagnement que si je suivais un bachelor sur site »

Clémence, 40 ans, suit un bachelor en communication

Une nouvelle vie. Cette enseignante en reconversion ose, enfin, se rêver community manageuse. Puisqu’elle peut désormais étudier sans s’éloigner de ses enfants. « Je bénéficie de la flexibilité du virtuel avec le même accompagnement que si je suivais un bachelor sur site », explique la mère de famille.

Grâce à la plateforme numérique, Léa accède à ses cours en un clic.

Cette université pas comme les autres tente aussi d’éviter le décrochage grâce aux tuteurs présents sur site. Le tout, dans une ambiance conviviale. Pour y étudier, on s’inscrit à n’importe quelle formation proposée à distance sur Parcoursup ou Mon Master. De quoi ouvrir le champ des possibles pour les élèves : études de médecine, BTS informatique, master de lettres…

Puis, on rejoint gratuitement le campus proche de chez soi : Saint-Omer, la Polynésie… ou Châteauroux. « En tout, 87 tiers-lieux situés à l’écart des villes universitaires », souligne Laure Abian, la coordinatrice du campus castelroussin ouvert en 2020.

« Transformer Châteauroux en ville étudiante »

Ici, les trente inscrits, âgés de 18 à 54 ans, s’engagent à être présents au minimum douze heures par semaine, quand ils le souhaitent. « Les locaux sont ouverts sept jours sur sept, de 7 heures à 20 heures », détaille Clémence. Une souplesse qui s’adapte à des trajectoires parfois cabossées.

Laure veille avec bienveillance sur ses élèves qu’ils aient besoin d’un soutien scolaire ou en organisant des sorties pour consolider les liens entre eux.

« Certains travaillent la semaine ou ont de lourdes contraintes médicales ou familiales », énumère Laure Abian qui les accompagne selon leur besoin. Au programme : relecture, cours particuliers, préparation aux concours.

Une aubaine pour Châteauroux, où l’offre post-bac est réduite à peau de chagrin. À l’instar de la licence d’économie-gestion, supprimée à la rentrée prochaine.

Car les jeunes rurales et ruraux sont les laissés-pour-compte de l’enseignement supérieur avec deux tiers des formations post-bac concentrées dans les grandes métropoles. Résultat : seuls 20 % d’entre eux sont diplômés du supérieur. C’est 12 points de moins que la moyenne nationale.

« L’idée est de transformer une ville moyenne comme Châteauroux en véritable ville étudiante », martèle la coordinatrice. Une crainte subsiste :  celle que ces campus, peu coûteux, remplacent les rares formations en présentiel disponibles.

Après cinq années d’expérimentation, la Banque des Territoires note un succès inégal selon l’engagement des collectivités locales (mise à disposition de locaux, publicité…). Le campus de Bourges a par exemple fermé ses portes, faute de public.

Pourtant, l’État croit en ce dispositif. Après avoir investi 25 millions d’euros, deux millions supplémentaires ont été débloqués pour pérenniser les sites existants. À Châteauroux, l’aventure devrait continuer au moins pendant trois ans. De quoi se rêver un futur à deux pas de chez soi.

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