Au Val d’Azun et à Hautacam, on diversifie les activités pour ne plus dépendre seulement de la neige. Mais une montagne de défis reste à gravir.
Bonnet des 50 ans de la station du Hautacam vissé sur la tête, Dominique Gosset, président du syndicat mixte en charge du site, observe la neige d’un œil inquiet : « Il suffit que ça se réchauffe un peu ou qu’il pleuve, et demain, on n’a plus rien. »
Selon l’Observatoire pyrénéen du changement climatique, l’enneigement devrait diminuer de 60 à 80 % d’ici 2050. Les stations de moyenne montagne comme le Hautacam ou le Val d’Azun sont contraintes de diversifier leurs activités pour ne plus dépendre de la poudreuse. Un défi pour la communauté de communes Pyrénées Vallées des Gaves, qui abrite les deux sites.

La station de ski alpin du Hautacam est pilotée par un syndicat mixte. Cette structure publique associe plusieurs collectivités locales : la communauté de communes et la ville de Lourdes, située à une vingtaine de kilomètres. Toutes assurent son financement. Sur le terrain, l’exploitation commerciale est confiée depuis 2014 à l’entreprise Stem International.
Du côté de la station de ski nordique du Val d’Azun, c’est la communauté de communes qui s’occupe de la gestion opérationnelle. Les équipes sont salariées par la collectivité.
Tout en gardant son manteau bleu ciel de pisteur-secouriste, Timothée sert la clientèle attablée au restaurant, vue sur les montagnes. Ce matin-là, avec 40 centimètres de neige, la station est organisée en mode hiver.
Le trentenaire a balisé les pistes, accueilli les clients et loué le matériel. Mais quand la neige fond, le Val d’Azun active son mode été. Dans le local, vélos et trottinettes remplacent skis et raquettes. Timothée s’occupe alors des sentiers. Le maître-mot est polyvalence. À la journée, comme à l’année.
« Le passage du mode hiver au mode été qui prenait un mois prend maintenant une journée ! »
Stéphane, salarié permanent au Val d'Azun
La signalisation suit la même logique. En trois coups de visseuse, le panneau retourné de la piste verte des sapins ouvre la voie à une randonnée jusqu’au lac de Soum. Stéphane, salarié permanent, savoure : « Le passage du mode hiver au mode été qui prenait un mois prend maintenant une journée ! » La station tourne, qu’il vente ou qu’il neige, avec 25 000 touristes en moyenne par an.
Des pistes qui inspirent d’autres massifs
Ce mode de fonctionnement intéresse au-delà des Pyrénées : « Des stations de la Drôme et du Massif central nous interrogent sur les outils mis en place », explique Sylvain Lanne, responsable technique de la station du Val d’Azun.
Sa voisine du Hautacam attire, elle, l’attention de domaines alpins et vosgiens, grâce à la diversification de ses activités, engagée depuis 2007. Avec 47 000 descentes annuelles de luge de montagne, le kart dévale-pente ou encore le vélo sur poulie, les attractions génèrent 40 % du chiffre d’affaires de la station. Contre seulement 13 % pour les remontées mécaniques.

Sa santé financière est pourtant fragile. En 2025, les collectivités ont dû combler un déficit cumulé de 1,4 million d’euros, plus du double de leur contribution annuelle habituelle. Pour éviter une nouvelle avalanche de déficits, le Hautacam a donc décidé de fermer définitivement la majeure partie de son domaine skiable. Deux téléskis et un tapis restent ouverts pour l’initiation des pioupious.
Pour 2026, un nouveau montant annuel de participation des collectivités a été voté : 755 000 euros. « C’est l’estimation des retombées économiques indirectes en hébergement, en restauration… », rapporte Gaëlle Vallin, maire d’Argelès-Gazost, commune au cœur du territoire. « On expérimente jour après jour, confie Emmanuelle Bégué-Loncan, directrice technique à la mairie de Lourdes. Si on continue de soutenir ce modèle, c’est qu’il nous paraît adapté. »
Rien ne dope comme la poudre blanche
De l’autre côté de la vallée, après plusieurs années de comptes à l’équilibre, le Val d’Azun enregistre en 2025 « 150 000 à 200 000 euros de déficit après deux hivers moyens », selon Philippe Toulouzet, vice-président de la communauté de communes et figure de la station. La faute à des recettes estivales trop faibles : la station ne touche que 15 % de son chiffre d’affaires grâce au mode été, trop peu pour empêcher ses finances de fondre.
« Une journée de ski plein pot, c’est 32 000 euros de chiffre d’affaires. Pour les autres activités, c’est 7000 ! »
Dominique Gosset, président du syndicat mixte en charge de la station du Hautacam
« L’été, je gare 200 voitures sur le parking, il n’y en a que quatre ou cinq qui viennent louer des VTT », détaille Sylvain Lanne, responsable technique du Val d’Azun, pointant un problème structurel. Les activités d’été en montagne ne se monnaient pas comme l’or blanc. Dominique Gosset, président du syndicat mixte, fait le même constat du côté du Hautacam : « Une journée de ski plein pot, c’est 32 000 euros de chiffre d’affaires. Pour les autres activités, c’est 7000 ! »
Pour combler cette crevasse, la collectivité vient de mettre fin au bail privé d’exploitation du restaurant du Val d’Azun. Frédéric Hamon assume : « Nous en récupérons la gestion qui bénéficiait jusque-là à un privé, parce qu’on a besoin de cet argent. » La gestion directe du restaurant, associée à un investissement de 1,7 million d’euros dans un parcours de randonnée pédagogique devra remonter (mécaniquement) les recettes.

Vincent Vles, universitaire spécialiste de l’aménagement des stations de montagne, affirme : « Les gens ne viennent pas voir Hautacam ou le Val d’Azun, ils viennent découvrir l’ensemble du territoire. Plutôt que d’essayer de survivre seules, les stations doivent collaborer pour offrir une gamme diversifiée de prestations, d’activités et de services pour être attractives. »
Du mirage de Lourdes au miracle de la neige éternelle, le ciel promet beaucoup, livre peu : reste la coopération entre stations.
L’obligation d’amortir les dépenses plombe-t-elle le Hautacam ?
La station du Hautacam, en tant que service public à caractère commercial, est soumise à des règles de comptabilité strictes. Parmi elles : l’« amortissement des dépenses », mais kesako ?
Quand un investissement est réalisé, il faut économiser l’équivalent du montant dépensé sur la durée de vie de l’investissement. Exemple : Disparitions achète un appareil à raclette pour 150 €. Sa durée de vie est estimée à cinq ans.
En plus des 150 € investis, Disparitions doit avoir reconstitué ce montant dans les cinq ans, c’est-à-dire mettre de côté 30 € par an. Cet argent est bloqué et ne peut être utilisé, même si Disparitions fait face à une crise économique.
À Hautacam, ces amortissements se comptent en millions d’euros et s’étalent sur des décennies. Selon le syndicat mixte et les collectivités financeuses, cette règle est devenue un poids pour la station. « En 2022, on a réparé un glissement de terrain pour 600 000 euros, et il faut l’amortir en gardant de l’argent, comme si tout allait de nouveau s’effondrer au même endroit dans dix ans », rapporte Dominique Gosset, président du syndicat.
Frédéric Hamon, directeur technique de la communauté de communes, avertit : « Le problème, c’est qu’on peut être amenés à fermer une station qui a de l’argent. » En 2026, le Hautacam devra amortir près de 329 000 euros.




