Le cirque replante son chapiteau en campagne

Longtemps symbole d’un spectacle itinérant et populaire, le cirque a peu à peu déserté les territoires ruraux. Aujourd’hui, les pôles nationaux du cirque installés dans des petites villes aident les compagnies à relancer la tradition.

Alors que le soleil se lève sur la vallée de la Dordogne, les coups de marteau résonnent dans le silence du matin. Nous sommes à Boulazac, ville de 7 000 âmes, près de Périgueux. Au centre d’un cercle de caravanes et de camions à l’allure bohème, une vingtaine de circassiens et circassiennes installent le chapiteau de leur prochain spectacle, TRAXXx. Le tout sous l’oeil de Benoît Belleville, cofondateur du CirkVOST, né en 2007 du souhait de défendre le trapèze volant. « L’itinérance est essentielle pour rendre le cirque accessible. Le chapiteau peut venir au plus près des gens, au cœur des territoires. » 

Toute l’année, le CirkVOST sillonne le pays. En ce début d’année, la compagnie s’installe pendant dix semaines sur le terrain de l’Agora, l’un des quinze pôles nationaux du cirque (PNC) en France. Son modèle économique repose sur la billetterie et le soutien public, un équilibre fragile. « Sans financement public, les places seraient trop chères, et une partie de la population exclue. » La compagnie veut des tarifs accessibles : 15 € maximum.

Le CirkVOST est en résidence sur le terrain de l’Agora, à Boulazac, pour préparer son nouveau spectacle, TRAXXx.

Longtemps associé à l’imaginaire collectif des tournées sous chapiteau, le cirque semble aujourd’hui déserter les places des villages français. Les grands cirques traditionnels, comme Pinder ou Arlette-Gruss, réduisent leurs tournées. Désormais concentrés sur les grandes métropoles, ils augmentent leurs tarifs. Un glissement progressif vers un modèle industriel qui délaisse les territoires ruraux.

« Accueillir une compagnie, c’est faire vivre tout un territoire. »

Frédéric Durnerin, directeur de l’Agora

Dans les campagnes, rendre le cirque accessible au public ne serait pas possible sans le soutien des pôles nationaux de cirque, eux-mêmes subventionnés à 70 % par les collectivités et l’État. Calculatrice à la main, Frédéric Durnerin, directeur de l’Agora, fait les comptes : « Accueillir une compagnie, c’est faire vivre tout un territoire. Il y a des retombées économiques, de l’activité, de la rencontre. »

Les artistes au cœur de la ville

En 1986, Annie Fratellini a installé les stages d’été de son école de cirque à Nexon, en Haute-Vienne. Aujourd’hui, cette commune rurale de 2 500 habitants et habitantes abrite le Sirque, premier lieu devenu pôle national de cirque en France. Une ambition : proposer un cirque contemporain de qualité, loin des métropoles. Dans un territoire où l’offre culturelle est rare, le cirque joue un véritable rôle de service public. « Si l’on n’était pas là, le bureau de poste de Nexon aurait sûrement déjà fermé », souligne Cynthia Minguell, responsable communication.

Dans le parc du château communal du XVIIe siècle trône le Vaisseau, chapiteau permanent inauguré en 2021. Sous les gradins, trapèzes et agrès servent de terrain d’expérimentation aux artistes et aux élèves. Car le Sirque ne se limite pas à la diffusion de spectacles, il déploie aussi ses actions culturelles sur tout le territoire. L’équipe de quatre personnes sort de son chapiteau pour toucher tous les publics : écoles, prisons ou quartiers isolés. Chaque année, près de 2 000 personnes participent aux activités sur le territoire.

« Le cirque est un moyen puissant pour redevenir des citoyens engagés » défend Mathilde Van Volsem, spécialiste des disciplines aériennes en suspension. Pour l’artiste, habituée à animer ces projets, le cirque va bien au-delà du simple divertissement.

Un avenir incertain à l’heure des coupes budgétaires

Mais derrière le rideau se cache une fragilité persistante. Le cirque de création dépend largement des subventions publiques. « On fonctionne sous perfusion », reconnaît Benoît Belleville. Une remise en cause idéologique ou budgétaire du soutien public pourrait faire basculer tout un écosystème. Martin Palisse, directeur du Sirque de Nexon, alerte : « Aujourd’hui, on se bat pour continuer à exister. »

Un combat que l’artiste compte bien faire valoir dans le contexte des municipales. Pour la première fois, le Sirque organise une réunion publique pour présenter son projet aux habitants du secteur et aux candidats. Une manière de remettre le cirque au milieu du village.

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