Psychologue, bibliothèque, restaurant : les portes des collèges s’ouvrent à la ville

Le dispositif « Collège ouvert » permet à six collèges de Haute-Saône d’offrir de nouveaux services aux habitantes et habitants. Une initiative unique en France.

«On ne traîne pas dans les couloirs à la pause ! » Erika Lonchampt, principale du collège Gaston-Ramon, recadre quelques-uns de ses 280 élèves en train de chahuter. Une scène banale pour un établissement scolaire. Et pourtant, le collège de Dampierre-sur-Salon, n’est pas tout à fait comme les autres.

Depuis 2021, il participe, avec cinq autres collèges de Haute-Saône, au dispositif Collège ouvert. Une initiative unique en France lancée par le département et l’Éducation nationale.                L’objectif : permettre à des personnes extérieures à l’établissement d’y entrer pour y mener des actions diverses liées à la culture, l’alimentation, l’éducation ou encore la santé.

« Il faut rendre le collège indispensable dans la vie des habitants et de la commune et répondre aux besoins du territoire », résume Rudy Cara, directeur de cabinet du président du conseil départemental de la Haute-Saône et ancien principal de deux collèges précurseurs du dispositif.

Restaurer les services essentiels

Les soins psychologiques font partie du dispositif. Dampierre, commune de 1300 âmes, n’a aucun psychologue. Depuis la fin de l’année dernière, grâce à « Collège ouvert », la Maison de l’adolescence (MDA), espace de parole confidentiel et gratuit, tient une permanence au collège tous les quinze jours.

En plus des élèves et de leurs parents soucieux de trouver des ressources pour aider leurs enfants, les habitants et habitantes y ont accès. Une psychologue ou une éducatrice spécialisée sont à leur disposition. Installées dans une salle discrète et accessible par une entrée annexe, elles reçoivent sur rendez-vous.

Autour de cafés, dans la salle du personnel de la Maison de l’adolescence de Gray, Noémie Pourny, coordinatrice de la MDA 70, estime que ce dispositif a permis de combler une « zone blanche » sur Dampierre et ses alentours.

« Nous avons rencontré une maman qui n’a pas le permis de conduire. Sans cette permanence au sein du collège, elle n’aurait pas pu faire le déplacement jusqu’à nos locaux à Gray, à 16 km de Dampierre », précise sa collègue, Amélie Grandjean, éducatrice spécialisée qui intervient au collège pour la MDA.

« Plus on en fait au collège, plus on attire des élèves et plus on protège la structure d’éventuelles fermetures. »

Stéphanie Thierry, enseignante de SVT à Dampierre

Autre manque comblé par le dispositif : l’absence de restaurant à Dampierre. Dès mars, une quinzaine de salariés de l’entreprise locale de construction Waltefaugle déjeuneront à la cantine du collège pour profiter d’un repas chaud. Stéphane Monget, le CPE, se réjouit de « cette ouverture au tissu économique local ».

Après la récréation, les élèves regagnent leurs classes. Les couloirs reprennent rapidement leur calme habituel. Face à la cible de fléchettes suspendue au mur de la salle des professeurs, Stéphanie Thierry, enseignante de SVT à Dampierre, s’enthousiasme : « Collège ouvert est une manière de faire rayonner l’établissement. Plus on en fait au collège, plus on attire des élèves et plus on protège la structure d’éventuelles fermetures. »

En Haute-Saône, comme partout en France, des classes ferment une à une. À Dampierre-sur-Salon, le collège est passé de 330 élèves en 2023 à 280 élèves en 2026.

Sans la commune, rien n’est possible

Si ce constat inquiète, d’autres collèges du secteur ont réussi à remonter la pente grâce à l’expérimentation. Celui de Faucogney-et-la-Mer, à l’autre bout du département, était menacé de fermeture avec seulement 130 élèves inscrits en 2020.

Avec l’ouverture d’une section cyclisme, d’un internat couplé à un gîte et la fusion prochaine du CDI avec la bibliothèque municipale, les effectifs sont remontés à 174 élèves. Le collège est devenu indispensable à la vie locale.

Pourtant, le dispositif n’est pas un remède miracle. Pour Hélène Casali, chargée du projet pour le département de la Haute-Saône, c’est surtout un moyen d’enrayer les baisses d’effectifs, en « fixant » la population près des « collèges ouverts », plutôt que d’attirer réellement de nouveaux élèves.

Les élus sont des partenaires cruciaux pour y parvenir. Régis Villeneuve, maire de Dampierre        explique : « La principale du collège et son équipe sont tenues au courant de tous les aménagements. Elles viennent aux réunions et aux consultations. Ce n’est que comme ça qu’on peut travailler ».

« La mairie n’est pas capable de répondre à certains besoins. En ça, la MDA au collège est essentielle. Nous ne pouvons que communiquer là-dessus », admet Julia Sarrey, chargée de mission à la mairie. L’élan est donné. Le collège et la mairie travaillent ensemble sur leur prochaine action : accueillir les résidents et résidentes de l’Ehpad local à déjeuner le midi.

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