Les ostréiculteurs français cherchent des pistes pour maintenir leur filière à flot. Sur la pointe du Finistère, des scientifiques testent des solutions. Et c’est prometteur !
« J’espère que nos huîtres ne seront pas cassées. » Toutes les deux semaines, au rythme des marées, Kevin Cousin ramasse en baie de Daoulas, près de Brest, ses poches à huîtres avec appréhension. Sous l’effet du changement climatique (voir encadré), les coquilles de ces mollusques se fragilisent, parfois jusqu’à les rendre invendables. À 30 kilomètres de là, sur la pointe du Finistère, le doctorant en écologie marine Hugo Herteman-Billottet tente d’enrayer ce phénomène.
Avec d’autres scientifiques, le chercheur participe au projet Pecorino, créé en 2024 avec l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). L’objectif : tester des solutions pour contrer les effets du changement climatique sur les coquillages. Lui s’intéresse particulièrement à la culture de l’huître, confrontée à trois menaces majeures. « Même si elles sont résistantes, précise le chercheur, les huîtres sont sensibles à l’acidification des océans, aux fortes chaleurs et à la prolifération des maladies. Ce qui ne risque pas de s’améliorer avec le réchauffement climatique. »

pour optimiser leur croissance.
En l’espace de vingt-six ans, la France a divisé par deux sa production annuelle d’huîtres, passant de 140 000 tonnes en 1998 à environ 80 000 en 2024, notamment à cause du changement climatique. À ce rythme, les huîtres de nos ostréiculteurs français risquent de disparaître.
Faire cohabiter l’algue et l’huître
Pour tenter d’enrayer le phénomène, une des solutions se trouve… dans l’eau. Selon Hugo Herteman-Billottet les avancées scientifiques montrent que les algues permettent précisément d’enrichir l’eau en oxygène et de freiner l’acidité (même si elles ne peuvent pas lutter contre la hausse des températures). Parti de ce constat, le chercheur concentre ses recherches sur une forme particulière d’élevage, la co-culture.
Le principe est simple : cultiver l’huître et l’algue ensemble, pour créer un écosystème favorable au mollusque. Et ça marche ! Après deux années d’analyses, les résultats montrent que la présence d’algues — et notamment leur photosynthèse — permet une meilleure croissance de l’huître en conditions acidifiées. Une première conclusion qui confirme les études scientifiques.
Seulement, « la co-culture algue et coquillage a un effet local, tempère le doctorant. On ne peut pas complètement annuler l’acidification de l’océan avec ce système. C’est une sorte de zone refuge ». Cette solution de moyen terme devra être adaptée au cas par cas. Une bouffée d’oxygène pour une filière qui refuse de laisser son savoir-faire tomber à l’eau.
Les huîtres malades de CO₂
Les scientifiques du projet Pecorino ont identifié trois conséquences majeures du changement climatique sur l’huître. L’une a récemment fait l’actualité : l’acidification des océans, cette 7e limite planétaire qui a été franchie en septembre 2025. Ce phénomène est directement lié à la production humaine de CO₂ car les océans absorbent une partie de ce gaz, qui baisse le pH des océans. Or cette eau « acide » est corrosive pour le mollusque, qui ne peut plus synthétiser sa coquille et croître normalement. L’huître est aussi attaquée par les vagues d’hypoxie (manque d’oxygène) durant les fortes chaleurs, qui se multiplient avec le changement climatique et affaiblissent les organismes. S’ajoute à cela un environnement qui se dégrade, accélérant la prolifération des maladies.




