Autour du lac du Der, en Champagne, des ornithologues amateurs et amatrices se retrouvent le temps d’une journée. Inquiets du déclin de la biodiversité, ils s’engagent bénévolement dans la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Leurs observations contribuent à préserver les écosystèmes.
Ils sont huit, ce samedi de janvier, à attendre sur le parking du McDo, près du campus universitaire de Dijon. Leur âge se devine à leurs prénoms : Lison, Loïse, Théo, Gabin… Bourguignonnes et Bourguignons, tous font partie d’un des groupes jeunes de la LPO de la région, qui rassemble des naturalistes amateurs âgés de 18 à 35 ans.
La sortie du jour se déroule au lac du Der, haut lieu de l’observation ornithologique, en Haute-Marne.

Sur place, le brouillard se lève à peine que ces passionnés d’« ornitho » observent déjà les oiseaux avec leur longue vue. « T’as repéré le cygne de Bewick ? », demande Lison à la débutante à côté d’elle. Théo, qui coordonne le groupe avec Lison, note les observations sur son téléphone.
« Je rentre les données des oiseaux qu’on est en train d’observer sur l’application Naturaliste. Quand j’appuie sur “plus” ça me géolocalise et après je rentre ma donnée, un goéland brun par exemple. Il faut remplir l’effectif, et ensuite tu peux rentrer des détails comme mâle, femelle, l’âge, etc. »
Les informations sont ensuite intégrées à la base de données Faune France, gérée par la LPO. Suivant le principe des sciences participatives, tout le monde peut renseigner ses observations, « de la mamie qui va voir ses mésanges à la fenêtre à l’expert ornitho qui tous les mois note les piafs », explique Samuel Maas, chargé de mission ornithologie à Besançon. La fiabilité du processus est assurée par un « comité de validation de 45 bénévoles », précise-t-il.
Les données, en libre accès, sont exploitées dans de nombreux domaines. Des instituts de recherche s’en emparent, « comme le Muséum d’histoire naturelle ou des organismes type CNRS », explique François Bouzendorf, chargé de mission LPO à Auxerre. Très concrètement, cela permet de connaître l’évolution des espèces au fil du temps, ou encore de mesurer l’impact des changements globaux sur la biodiversité, puisque les oiseaux reflètent l’état de leur environnement. Entre 1989 et 2023, les oiseaux communs des milieux bâtis et agricoles ont diminué de 44 % selon les chiffres du bilan environnemental de 2024.

En dehors de la recherche, les données documentent les études d’impact des projets d’aménagements (éoliennes, parcs photovoltaïques, etc.), et sont parfois un outil pour s’y opposer.
En 2024, la présence de faucons pèlerins dans la vallée de l’Ouche, en Côte-d’Or, a contribué à faire annuler un projet de parc éolien. « Les données c’est de l’or, parce qu’on ne peut pas protéger ce qu’on ne connaît pas », résume François Bouzendorf.
« Les données c’est de l’or, car on ne peut pas protéger ce qu’on ne connaît pas. »
François Bouzendorf, chargé de mission LPO à Auxerre
Quand la donnée prend son envol
Héritières d’une longue tradition datant du XVIIe siècle, les sciences participatives ont connu un essor dans les années 2010. Précieuses pour étudier les objets scientifiques accessibles au plus grand nombre, elles requièrent un nombre important de participants et participantes pour que les données soient exploitables.
La LPO, elle, peut compter sur 4 000 observateurs et observatrices bénévoles rien qu’en Bourgogne-Franche-Comté. Un dynamisme alimenté par l’équipe salariée de la LPO, qui mobilise les volontaires tout au long de l’année, mais aussi par la transmission des savoirs au sein des groupes bénévoles, comme les groupes jeunes.
Même si, comme le rappelle Samuel Maas, « la plupart des ornithologues amateurs aiment observer, transmettre et faire en sorte qu’on puisse valoriser les données. Donc il y a tout un tas de gens qui n’ont pas besoin qu’on les motive à faire ça. » Et Théo de confirmer : « Juste je compte les piafs et je suis heureux. »





