À Trois-Rivières (Somme), l’épicerie participative Coop’tu veux entend redonner vie au commerce de proximité. Plus qu’un simple lieu d’achats, on vient autant remplir son panier qu’échanger avec ses voisins.
Dès l’entrée, l’atmosphère tranche avec celle d’un supermarché classique : pas de caisses automatiques, pas de bip sonores, ni de files d’attente silencieuses. Ici, on note ses achats dans un carnet, stylo en main, sous une pluie de « bonjour » lancés à chaque passage de porte. « Tout le monde se connaît, ça rend les courses plus conviviales », sourit Magali Herlant, une des initiatrices du projet.
Lorsque l’épicerie a ouvert ses portes en septembre 2024, cela faisait près de quinze ans que Trois-Rivières n’avait plus de commerce alimentaire. Les habitantes et habitants ne pouvaient se rendre que dans les épiceries voisines – la plus proche étant à 8 kilomètres – ou en grande surface.
Installée dans les anciens locaux de la poste, prêtés par la mairie, « Coop’tu veux » ouvre les vendredis et samedis. Elle propose des produits secs – farine, pâtes, biscuits, etc. – avec une large sélection bio et locale. Les prix se veulent accessibles, avec un panier en moyenne 20 % moins cher qu’en grande distribution : « On achète à prix grossiste ou directement aux producteurs. On ne se fait pas de marge, on est pile à l’équilibre », explique Florian Carpentier, un des dix cofondateurs de la coopérative.
Une organisation horizontale, à hauteur d'habitants
Particularité du lieu : les clientes et clients sont tous adhérents et ce sont eux qui assurent l’ensemble des tâches. Gestion administrative, relations fournisseurs, accueil, rangement des rayons… Chacun a son rôle. Mais ici il n’y a pas de hiérarchie formelle. « Certaines personnes ont plus de responsabilités, mais pas plus de pouvoirs », insiste Florian. Les décisions sont prises collectivement, sans objectif de croissance ni de rentabilité.
L’épicerie se remplit souvent de discussions improvisées, autour d’un paquet de chips ou d’un verre. « C’est un espace qui fait se rencontrer les générations. Notre adhérente la plus âgée a 90 ans, et côtoie des enfants de 10 ans », raconte Magali avec amusement. Parfois, le lieu change même de visage : soirée soupe où chacun apporte un légume, apéros dînatoires, moments conviviaux entre « coopains et coopines ».
La politique met en avant tout ce qui nous sépare. Ici, on veut faire l’inverse.
Florian Carpentier, un des dix cofondateurs de la coopérative.
De là à en faire un espace de débat ? « La politique met en avant tout ce qui nous sépare. Ici, on veut faire l’inverse : relier les gens, et l’alimentation, ça nous relie tous », confie Florian. « En vrai, dans les faits, tout ce qu’on fait est politique, mais on ne le présente pas comme ça », ajoute Magali.
Une initiative encore confidentielle... mais qui en inspire d'autres
Pour l’instant, sur les 1 500 habitants que compte Trois-Rivières, seuls 40 sont clients-adhérents : « On ne prétend pas combler complètement le manque, mais à notre échelle, on fait vivre le quartier », sourit Florian. D’autant qu’avec l’hiver, les bénévoles sont plus difficiles à mobiliser : « On a un noyau de volontaires qui marche bien, mais qui a du mal à grossir sur le long terme. »
Visiblement l’initiative fait des émules. Habitant de Gournay-sur-Aronde – 30 kilomètres au sud de Trois-Rivières –, Hervé Chillet vient régulièrement faire ses courses à Trois-Rivières. Candidat sur une liste aux prochaines municipales, il envisage déjà de créer une épicerie participative chez lui. « Les cafés de village ont disparu, alors peut-être que des coopératives peuvent les remplacer, devenir des lieux de rencontre. »
À l’échelle nationale, des centaines de communes développent leur épicerie participative grâce à des réseaux comme Coop’Lib (auquel appartient « Coop’tu veux ») ou Bouge ton Coq. En 2025, plus de 60 % des municipalités rurales n’ont plus aucun commerce.




